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La lettre du condamné

Rise of the Ancients / suspence - Remix by Allia
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À mon réveil, je ne trouvai ni Zay ni le livre et encore moins la traduction que nous avions fait. J'ai pensé, que mon ami avait amené le livre directement à nos supérieurs, ce qui me déplut fortement. Dans le reste de la pièce, rien n'avait changé, et je me rappelle que la lumière venant de l'extérieur me paraissait étrange. Dehors, le ciel était rose, rien d'anormale me dirait vous, mais la pièce teinté d'une couleur violacer, donnait une atmosphère oppressante, comme si on avait mis devant la fenêtre un vitrail.

Dans notre bureau, se trouvait tout le nécessaire pour faire la toilette et après m'être apprêté, je me mis en chemin. Je devais me hâter pour rejoindre nos supérieurs et peut-être retrouver Zay. J'étais prêt, et que ne fût pas ma surprise, lorsque j'ouvris la porte et que je découvris non pas le couloir, mais la même pièce où je me trouvais à l'instant T. J'étais dans le même bureau que je voyais devant mes yeux, alors que ce n'était pas possible, bien entendu, je me suis retourné pour regarder et j'étais bien encore dans la dite pièce. Pensant que c'était un mauvais tour, je sortis dans ce qui aurait dû être le couloir pour finalement rentrer de nouveau dans le bureau, avant que la porte ne se referme doucement sur moi. Je fis demi-tour et ouvris de nouveau la porte, qui donnait encore une fois sur le bureau. Je pensais être victime d'une substance, que j'aurais inhalé durant mon sommeil et immédiatement, j'atteins la fenêtre, pour l'ouvrir en grand.

Le ciel était toujours aussi rose et je regardais en bas de l'immeuble, pour me rendre compte que la vie y était parfaitement normale, je pouvais voir des gens marcher sur les trottoirs, des calèches passant tranquillement, mais le plus étrange, c'est qu'aucun son ne parvenait à mes oreilles. Étais-je sourd ? Avais-je imaginé le bruit de la porte ou de la fenêtre par habitude ? C'est alors que j'avais décidé de crier. Autant pour savoir si oui ou non j'étais sourd, mais aussi pour qu'on vienne m'aider à me sortir de cette impasse.

Je m'étais lancé, cassant le silence avec ma voix, ayant pour effet de me faire sursauter. Je m'étais tu, durant une fraction de seconde, avant de reprendre. J'avais hurlé de toutes mes forces, mais personne ne regarda dans ma direction, c'est comme si j'étais parfaitement invisible. Je hurlais bien plusieurs minutes, mais rien n'y fait, c'est alors que j'ai eu l'idée, de prendre un objet, que je ne voulais pas trop lourd, ni trop léger. Le but n'était pas de blesser une personne en bas, et c'est pourquoi mon choix, c'est porter sur une ancienne chaussure qui traînait là. La paire était à Zay, mais voilà déjà un moment qu'il ne les mettait plus. Ayant la chaussure en main, je regardai dehors, et me mis à la lancer, pas trop loin des passants, pour qu'ils puissent me regarder et ce que je vis, me fascina avant de me terrifier. Alors qu'elle était en train de chuter, la chaussure disparue, comme par magie et n’atteignis jamais le sol. Bien entendu, j'étais émerveillé de voir ça et comme un enfant, j'aurais voulu le partager avec mon ami et collègue Zay. Néanmoins, très vite, l'effroi fit place, personne ne pouvait m'entendre, personne ne pouvait me voir et rien ne pouvait sortir de cette pièce sans disparaître.

J'avais reculé de cette fenêtre, prit par la panique, d'être enfermé en ces lieux, pour toujours.

Après plusieurs heures perdues dans le désespoir qui m'avait gagné, je finis par me calmer. Je commençais peu à peu à résonner, pour essayer de trouver une solution. J'ai fini par m'asseoir, un coude sur la table et mon front reposant dans la paume de ma main. Bien que mon cœur battait encore rapidement et que mon front perlait de sueurs, je commençais à retrouver ma lucidité. Certes, j'étais pour le moment coincé, mais on allait forcément se rendre compte de ma disparition, à un moment ou un autre. La société qui nous avait engagées, pourrait sûrement m'aider lorsque Zay se rendrait compte que je ne suis nulle part. Oui, je ne peux compter que sur ça, et puis ça ne sera que l'histoire de quelques heures, au pire des cas d'un jour ou deux. Je ferais bien d'aller me reposer, histoire de me calmer et m'organiser si ma captivité doit durer un peu plus longtemps que prévu. 

 

10/72/41

 

*

 

Nous sommes le deuxième jour et encore aucune nouvelle du monde extérieur. La première idée que j'ai eue en me levant, a été de voir si je pouvais enfin quitter les lieux. J'ai malheureusement constaté avec consternation, que ce n'était toujours pas le cas. Très vite, mon second choix, c'est porté sur la fenêtre. Je me suis dit, que si je pouvais atteindre une fenêtre appartenant à une autre pièce ça serait fini, mais mon agilité me fait défaut. Si je m'acharne, je vais finir par chuter et disparaître. Dernière solution, me créer une autre sortie, en faisant un trou dans le mur ou le sol. J'ai fini par retourner l'intégralité de notre bureau, simplement pour trouver des petites cuillères. Ils nous arrivaient de boire le thé avec Zay, mais ce qui me fait penser, que voilà déjà un moment, que je n'ai rien consommé.


 

Jusqu'ici, je n'ai pas ressenti de faim, ni même cette sensation désagréable de soif. Et même là, alors que je parle de cela, je devrais sentir mon estomac se manifester, mais il en est rien. D'ordinaire, je ne dis jamais non à un bon repas. Même prisonnier ici, mon corps devrait réclamer de la nourriture. Ce n'est pas très grave pour le moment, je m'inquiéterai un peu plus demain, si je vois que je n'ai toujours pas faim. Surtout que la journée touche à sa fin, je ne sais toujours pas quoi faire, mon seul espoir est d'attendre les renforts. Pour le moment, je vais aller me coucher. 

 

19/68/01

 

*

 

Aujourd'hui, je me suis levé avec cette sensation de danger, comme si j'étais observé. J'ai dû rêver et ça altérer ma réalité, mais après cela, j'ai été pris par une sensation d'angoisse. Voilà maintenant le troisième jour que je reste coincé et aucune nouvelle de qui que ce soit. Je me sens comme étouffer et triste à la fois, comme si mon existence était transparente, comme si on m'avait laissé mourir là, que Zay n'en avait plus rien à faire de moi, lui qui était mon seul espoir. J'en viens même à me demander, s'il ne lui ait pas arrivé quelque chose, ce qui ne serait pas insensé, au vu de ma propre situation.

Je n'ai pas voulu retenter la porte, car j'avais peur que la tentative me fasse tomber davantage dans le désespoir. Je ne sais pas combien de temps, je suis resté là, à contempler la vue par la fenêtre, de regarder cette vie qui se déroulait sans moi. J'étais vidé de mon énergie, le désespoir ne semblait pas me quitter et pourtant, je n'avais pas envie d'essayer de me battre. Durant l'après-midi, je suis allé me coucher et j'ai trouvé vite le sommeil, mais il n'était pas salvateur, bien au contraire. J'étais pris de cauchemar, un voyage psychédélique, des images, des odeurs, des sensations que je ne connaissais pas, je me débattais, mais rien n'y faisait, je continuais d'être piégé dans mon rêve. Ce qui me réveilla, ce sont mes hurlements, qui avaient rempli la pièce.

Durant un long moment, je restais perdu, ne comprenant pas qui j'étais et qu'est-ce que je faisais là. Quand j'ai commencé à reprendre mes esprits, c'est à cet instant que j'ai réalisé que mon lit était trempé autant de sueur que de mon urine. Rapidement, j'ai fait ma toilette, changer les draps et mis des vêtements de rechange, encore trop honteux de voir un homme de mon âge faire au lit. J'étais encore abasourdi par ce qui m'était arrivé. Néanmoins, j'étais sortie de ma mélancolie. Dorénavant, si je ne pouvais pas sortir, je devais comprendre ce qui m'arrive. 

 

53/82/42

 

 

*

 

J'écris ces lignes avant de me coucher, bien que la perspective d'y aller me terrifie, mais je n'ai pas trop le choix, mes paupières commencent même à se faire lourdes. Je n'ai pas dormi de la nuit et je ne peux pas dire l'heure, mais il se fait tard, il fait déjà sombre au-dehors. Durant ces dernières 24 heures, j'ai cherché dans ma mémoire, dans les notes que j'ai retrouvées pour assembler les pièces du puzzle, pour comprendre ma misère.


 

Zay et moi, avions traduit, sans réellement comprendre le sens du récit, puis, nous l'avions lu pour voir si tout ce qu'on avait traduit, était cohérent. Nous avons dû lire à voix haute certaine passage et je pense que c'est là que fût notre erreur. Je commence même à croire que mon ami, doit se trouver dans la même situation que moi, dans une autre réalité. La chose qui m'étonne, c'est le manuscrit final, celui que nous devions rendre, que je ne retrouve nulle part, comme s'il avait disparu.


 

Néanmoins, entre ma mémoire et les notes, voilà ce que je peux en déduire. Tout d'abord, le livre est ancien, même s'il nous a été rapporter de dater du 13e siècle, je pense qu'il n'en est rien. Pour moi, il serait bien plus ancien, même s'il reste impossible de le dater avec certitude, même approximativement. Enfin, pour être plus exact, ce livre-là, doit bien dater du 13e siècle, mais pas le texte. De toute évidence, le support que nous avions, était déjà une réécriture d'un manuscrit encore plus ancien. Ce qui me fait dire ça, ce sont deux choses, la première, les écritures, un mélange de plusieurs langues, du latin, de l'Arabe et des langues mortes. Aussi, nous avons dû essayer de traduire des symboles, que nous avions jamais vu. Ce sont ces symboles, qui me font penser à une civilisation encore plus ancienne, que l’Egypte antique. De plus, dans mon cauchemar, de l'après-midi, j'ai ressenti comme une période de l'histoire, pas du tout connu de nos manuelles et pourtant, déjà antérieure à la nôtre.


 

Et si le manuscrit avait été écrit à différentes périodes de notre histoire, ou du moins traduit, plusieurs fois, par différentes civilisations, jusqu'à aujourd'hui. Cette idée, bien que je n'en ai pas la preuve, est au fond de moi, une certitude.


 

Pour ce qui est écrit dans le livre, il est évident que nous avons à faire à quelque chose de démoniaque, et encore, je doute que ce mot convienne réellement à la situation, mais c'est le plus parlant à mon sens. Nous y avons trouvé des histoires, racontant des événements, des rassemblements de cultes, ou encore des périodes de notre histoire, qui serait liée à cette chose. Il y avait aussi des sortes d'incantation, ou de prières, je ne saurais dire. Puis pour finir des croquis, de végétaux, d'animaux qui n'existent pas. Bien entendu, nous ne nous sommes pas attardés sur les dessins, pensant que c'était une fantaisie de l'écrivain, mais maintenant ça me semble claire, qu'il en était rien. Sur les dessins, nous aurions dit des choses, qui ressemblaient fortement à notre monde, mais qui ne l'étaient pas pour autant, comme si dans la plus belle des plantes, ou d'un animal, nous avions injecté une dose d'abomination. C'était fascinant et répugnant à la fois, mais c'est dommage que je n'aie plus les dessins en tête, car j'aurais bien voulu vous décrire un de ces exemples. Je suis un bien piètre dessinateur et j'aurais peur d'embellir ces monstruosités et donc de ne pas pouvoir rendre justice aux détails.


 

Plus d'une fois durant la traduction, j'avais ressenti des sortes de malaises, comme si du livre émanait une sorte de ténèbres indéchiffrable. À de nombreuses reprises, j'avais été pris de panique, ou encore de cauchemars, mais j'avais bien ignoré cet avertissement, jusqu'à maintenant, mettant ça sur le compte de la fatigue. Aujourd'hui, ça me semble clair que tout cela était un pressage et Zay et moi aurions dû arrêter de traduire ce livre. Si j'avais sus j'aurais dû en parler avec mon ami, pour savoir s'il lui aussi était sujet au même tourment.


 

J'en viens à me demander, si cette chose est réellement de nature humaine. Je commence à me sentir mal, je vais essayer d'aller me coucher. 

 

 

99/99/99

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